
L'efficacité énergétique consiste à obtenir le même service en consommant moins d'énergie. C'est une notion technique, distincte de la sobriété, qui consiste à réduire le service lui-même. Les deux sont nécessaires, et les confondre entretient beaucoup de malentendus.
Mettre l'accent sur l'efficacité énergétique est indispensable. Mais pour obtenir des réductions vraiment conséquentes, les ampoules basse consommation et l'électroménager économe ne suffiront pas.
Il faut s'attaquer aux consommations de masse : le chauffage des logements, leur taille et la performance thermique de leur enveloppe ; les déplacements motorisés ; et les produits de grande consommation, dont l'énergie incorporée à la fabrication est souvent supérieure à celle de leur usage.
C'est là que se joue l'essentiel, et c'est là que les mesures sont les plus difficiles à faire accepter.
C'est le phénomène le mieux documenté et le plus souvent passé sous silence. Lorsqu'un service devient moins coûteux en énergie, on en consomme davantage : un logement mieux isolé est chauffé un ou 2 degrés plus haut, une voiture moins gourmande parcourt plus de kilomètres, un éclairage économe reste allumé plus longtemps.
Ce rebond n'annule pas les gains, mais il en absorbe une part significative, estimée selon les usages entre 10 et 30 %, davantage dans certains secteurs.
Sa conséquence pratique est claire : l'efficacité technique seule ne suffit pas à atteindre les objectifs. Elle doit s'accompagner d'une réflexion sur les usages.
La réglementation thermique de 2012 a imposé le niveau de bâtiment basse consommation à toutes les constructions neuves résidentielles et publiques : une limite de l'ordre de 50 kilowattheures d'énergie primaire par mètre carré et par an en moyenne, contre 150 sous la réglementation précédente.
Elle a fait l'objet de critiques justifiées : elle ne portait que sur le neuf, laissant de côté l'immense parc existant, qui est le vrai gisement ; et son indicateur unique conduisait parfois à des choix techniques discutables au détriment du confort d'été.
La réglementation environnementale qui lui a succédé a corrigé une partie de ces défauts en ajoutant deux exigences : la prise en compte de l'empreinte carbone du bâtiment sur tout son cycle de vie, matériaux compris, et un indicateur de confort d'été, devenu déterminant avec l'évolution du climat.
Pour l'existant, d'autres dispositifs prennent le relais : obligations liées au diagnostic de performance énergétique, interdiction progressive de louer les logements les plus énergivores, et réduction imposée des consommations des bâtiments tertiaires.
Aucune démarche sérieuse ne commence par des travaux. Elle commence par une mesure : facture détaillée, relevés de consommation, bilan thermique, audit énergétique.
Trois indicateurs suffisent à cadrer un diagnostic : la consommation annuelle rapportée à la surface, la répartition par usage, chauffage, eau chaude, électricité spécifique, et la courbe de charge, qui révèle les consommations permanentes anormales.
Dans l'industrie et le tertiaire, la démarche est formalisée par les systèmes de management de l'énergie, avec des audits réglementaires obligatoires pour les grandes entreprises.
La distinction explique beaucoup de chiffres qui semblent contradictoires. L'énergie finale est celle qui arrive au compteur ; l'énergie primaire est celle qu'il a fallu extraire, transformer et acheminer pour la produire.
Un coefficient de conversion s'applique à l'électricité, et sa valeur, révisée à la baisse en France ces dernières années, modifie mécaniquement le classement des solutions de chauffage dans les réglementations.
Comparer deux systèmes suppose donc de savoir de quelle énergie on parle, et d'y ajouter le contenu carbone, qui n'est pas la même chose.
La gestion technique du bâtiment, les capteurs d'occupation et le pilotage fin des équipements produisent des économies réelles dans le tertiaire, souvent de plusieurs dizaines de pour cent sur des installations mal réglées.
Deux réserves valent d'être posées. Un bâtiment instrumenté dont personne n'exploite les données n'économise rien. Et l'ajout d'équipements électroniques a lui-même un coût énergétique et matériel, qu'un bilan honnête doit retrancher.
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